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L'en vol

 

" Ta maison , c'est la terre ..."

par Thérèse Bonnétat


A ciel ouvert, la cour d'honneur du château de Lavérune, le 13 Juin 2006.
Dans le murmure de l'attente, les enfants sont assis sur des chaises orange.
La casquette sur la tête. Orientation Soleil.
Malicieux, orange cuivré, il approche à pas feutrés, sautille, mi-amusé , mi-apeuré,
flèche le sol et se faufile -vite- derrière la tenture de la scène : Esquirol ouvre le chemin.
Poursuivi par LA voix tonitruante, caverneuse.
Une sorte de loup-garou, maugrée et vocifère.
Sous ses pelures , près du sol, Félix, le tueur de bêtes , traque l'animal qui lui a dérobé la clé de sa maison.
Voûté, il masque son visage. Celui d'une terreur archaïque.
On pressent déjà que l'air cabotin d'Esquirol va défier le chasseur ... feignant d'en être la proie.
Les enfants ne sont pas dupes et embarquent pour jouer à qui perd gagne.
Le spectacle commence à une cadence forte et mesurée.
Ce n'est pas rien la partie que les acteurs proposent : remettre face à face deux univers.
les animaux de la terre réunis, l'un après l'autre, convoquent toute la créativité d'un homme frustre pour une randonnée insolite.
Du conte au chant, il s'agira pour le chasseur de jouer les rites de passage.
Le loup ( l'homme est un loup pour la nature?) la truite et le ver à soie vont l'éveiller, lui permettre de se frayer un chemin, continuer plus libre.
Transformer la chrysalide en papillon, faire que le chasseur lâche ses oripeaux, ose être debout face au monde. C'est à une allégorie philosophique subtile et épurée que les enfants vont participer.
La grande trouvaille de ce spectacle est de réussir ce dialogue maïeutique.
Dans une langue d'ici et d'ailleurs.
L'un provoque, l'autre répond.
Et dévide ainsi le fil d'un cheminement intérieur.
Le mystérieux pouvoir des animaux vient sonder l'obscure nature d'un homme.
Car s'il se débat contre les éléments, Félix se débat aussi et avant tout contre sa propre nature faite de faiblesses, de peurs et de renoncements.
Symbole de toute son aliénation, il abandonne la lourde clé (clau) des ans et celle de sa maison fermée comme son cœur.
C'est dans ce terreau plein de trouvailles simples qu'émerge la couleur de ce spectacle.
L'écriture ouvre l'espace, l'alphabet est dans les nuages.
Le regard s'ouvre.
On entend le murmure des enfants qui cherchent à la place de Félix ou avec lui. Petit à petit.
Et c'est dans un même élan que les spectateurs troquent le fusil contre la craie.
Pour entrer dans la ronde des mots.
Lorsque Félix découvre que " l'écriture, c'est la liberté", chacun éveille une autre façon de vivre le monde. Il s'agit là d'un envol vers d'autres horizons, en ayant conquis par l'écriture les armes de la liberté.
Le duo d'acteurs est sincère et porte le regard juste des étonnés.
Les enfants, les naïfs et les sages.
On retrouve ici une jubilation propre à l'univers de Giono pour une fête profane en osmose avec tous les élements de la terre ...

Regard extérieur pour la compagnie

"Un, deux, trois ... Soleils ! "

Compagnie de théâtre à Mende, Lozère, 48

s.lacan@aliceadsl.fr