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Théâtre

 

Tombé du camion

... par un jour de chance

de Thérèse Bonnétat

Une fois, le spectacle se joue dans une salle devant un parterre d'enfants, une autre fois il se donne dans la rue, sur une terrasse, dans le vent d' une nuit solaire ... pour les passants qui s'arrêtent.
Le campement peut, en effet être ici ou là, suspendu dans un espace sans nom, puisqu'il s'agit de celui des sans-abris, des déracinés, sans plus rien ou apatrides.
On le devine aux cartons précaires plaqués côte-à-côte, dans un profond sommeil.
Es aqui
Le début d'une journée ou parfois d'une histoire s'éveille par les pieds.
Comme quand on cherche ses repères, on marche, puis on s'en va.
Pas à pas.
Des pieds hors d'une tente de carton d'où émerge un personnage dans la gaieté du petit matin.
D'emblée, il y a de la malice, une malice furtive qui vient juste de se réveiller.
A l'affût de la vie.
Histoire de la prendre à rebrousse-poil.
Alors il se lave à coups d'éclats d'eau et de vie ... avant de découvrir à l'envers du miroir brisé le regard des spectateurs.
Son amie l'aranheta glane au réveil la dernière nouvelle : le passage d'un prénommé Tistou à la recherche de son pais el Caussi.
Chaque contrée a ses codes et ses frontières à l'intérieur desquelles les êtres semblent retenus.
Quelle n'est pas la surprise de découvrir un carton fermé tombé d'un camion la nuit passée !
D'où surgit tel un zébulon un inconnu et son amie la ratapaneda.
S'engagent alors les premiers pas d'une approche avec ... les passes d'armes et les joies à la manière d'un Auguste et d'un clown blanc.
Au gré des chansons, des adieux et des retrouvailles, le spectateur s'éveille, s'émeut et rit.
Des moments pour se retouver autour du fracas et des envolées, de la rigole d'une langue.
Les émotions sont fortes parfois extrêmes, pleines de mauvaise foi et de dignité ...
Car, au fond, comment faire pour que cette apparition soit une apparition de vie.
C'est cela récupérer de la vie partout, détourner, s'amuser, prendre de biais la réalité et ses choses.
Mêler les langues pour inventer une nouvelle terre de culture.
" J'ai une idée" ouvre ainsi la porte des rêves ... le sens de la marche.
Alors que défile chaque nuit, du Nord au Sud, le vacarme des camions.
L'homme au carton est passeur de rêves.
Sous l'impulsion de Tistou, il déplace, infléchit l'art de rêver puis de marcher.
Zou veni.
C'est ainsi qu'il entraîne le pantin désarticulé au delà de ses peurs. Ailleurs.
Quand on a rien, on peut s'ouvrir, s'éprendre de poésie et d'espace, tenir tête à la réalité et devenir plus léger.
Celui qui n'a pas de lieu, de pays n'avait pas de nom :
voici donc Petit Camion et Grand chemin sur la route des " hommes aux semelles de vent".
Dans un glissement, on les rejoint pour une ultime échappée.
Vers la terre du plateau ...

 

 

 

Ecriture / Assistante mise en scène pour la compagnie

"Un, deux, trois ... Soleils !"

Compagnie de théâtre à Mende, Lozère, 48

s.lacan@aliceadsl.fr